Les Périontes, c’est-à-dire les formations de vapeurs entre lesquelles l’observateur lui-même vient à se trouver, se divisent communément en quatre catégories.
II. Nuaisons
Au début de cette étude, nous avons signalé au lecteur bienveillant quel serait, en toute hypothèse, l’aspect d’une planète dépourvue d’atmosphère. En de très rares occasions, après une pluie violente ou à l’aube, le ciel de notre Terre semble avoir fui pour l’espace interstellaire et notre œil peut discerner une à une les crêtes et les vallées jusqu’aux monts les plus lointains. Mais la plupart du temps, la vapeur diffuse de l’air habille les distances de voiles gris, bleus ou roses, selon les cas. Si ces voiles sont épais, ils forment les brumes, et par temps couvert le brouillard. Depuis toujours, les nimbologues chinois et japonais se sont montrés les analystes les plus tendres et les plus pénétrants de ce phénomène. « Quand j'ouvre les yeux au matin, et sors de ma cabane dans les collines — écrit Li Cheng dans ses étranges Notules de l’heureuse paresse* —, à mes pieds s’étend une vallée d’où surgissent les chaumières des paysans, et où des processions de pins se profilent, contre les montagnes au-delà du fleuve. Mais je n’arrive pas à voir la terre ; un subtil voile d’inexistence la recouvre, égal et glauque. Un voile qui dans son immatérialité dissout les arbres, les maisons et les puits en une succession de formes. Ce voile me fait penser au pinceau d’un ancien maître sur la surface lumineuse de la soie. » Li Cheng nous désigne ensuite les collines les plus lointaines séparées les unes des autres par la pâleur ténue de brumes mollement féminines, puis termine par des louanges, gracieuses et convenues, à la vie agreste. Bien plus modernes sont les écrits de R. Kumoyoi**: « Les Nuaisons de la brume organisent le contrepoint de deux sortes de perspectives du paysage: la première, essentiellement spatiale, détachant les alignements d’arbres les uns des autres, les maisons les plus proches de celles qui le sont le moins, les coteaux les plus lointains et les plus reculés. La seconde, psychologique, mettant en relief ce qui est significatif — le profil supérieur de chaque chose —, oblitérant ce qui est sans intérêt: la terre monotone, exaspérément logique dans son imperturbable continuité. » Asatsuyu*** se montre plus lyrique, parlant d’un « […] sentiment de paix, de sérénité intérieure, de pureté, de détachement des contingences matérielles, procuré par ces ondes de pudeur qui s’auréolent et subliment toute chose vue en pensée de la chose en soi. »
* G. VAGOCIRRI, « Su di una copia del libro di Li Cheng conservata nella Biblioteca Vaticana », Actes du Congrès nimbologique de Stralsunda, 1899, pp. 89-108.
** R. KUMOYOI, Kumo no Kenkyu, Tokyo, 1950.
*** Y. ASATSUYU, « Kumo no Kami to Nihon Seishin », Dai Nippon Kumo-Kai Zasshi, VIII, pp. 4-56.
FOSCO MARAINI Le Nuvolaire. Principes de Nubignose
Traduit de l’italien par Alain Adaken
Clémence Hiver Éditeur






