
E. Kamau Brathwaite
Photo: Beverly Brathwaite
Ça
ça
ça
ça n’est pas
ça
ça
ça
ça n’est pas
ça n’est pas
ça n’est pas
ça n’est pas assez
ça n’est assez d’être affranchi
du rouge du blanc et du bleu
du drag, du dragon
ça n’est pas
ça n’est pas
ça n’est pas assez
ça n’est pas assez d’être affranchi
du fouet, des principautés et des potentats
où est ton royaume de la Parole ?
Ça
ça
ça
ça n’est pas
ça
ça
ça
ça n’est pas
ça n’est pas
ça n’est pas
ça n’est pas assez
ça n’est pas assez d’être affranchi
des fièvres paludéennes, peur de l’ouragan,
peur des invasions, sécheresse sur les récoltes, cloques
de feu sur la canne
Ça n’est pas assez
de tinter de trimer sur un carillon de bicyclette
quand l’enfer
crépite et crame sur l’écran quatorze pouces du très jap
du très jap du très japonais poste de télé-
vision importé United-Fruit-Company
à vente forcée, à force verve, rhinocé-
rocement noueux, cancéreusement tubulaire
Ça n’est pas
ça n’est pas
ça n’est pas assez
de pouvoir s’envoler vers Miami,
édifier des gratte-ciel, excaver le pays-
age lunaire des plages de sable pour bâtir hôtels, casinos, sépulcres
Ça n’est pas
ça n’est pas
ça n’est pas assez
ça n’est pas assez d’être affranchi
de bouter les squatteurs de dieu hors de leurs litanies
hors de leurs reliques, hors de leurs tombeaux de tambours
Ça n’est pas assez
d’implorer les banquiers de la Barclays au téléphone
Jésus Christ par la radio à ondes courtes
les marines états-uniens en secouant tes hanches
osseuses
Je
dois recevoir le don des mots pour modeler mon nom
sur les syllabes des arbres
Je
dois recevoir le don des mots pour refaçonner les avenirs
comme une main de guérisseur
Je
dois recevoir le don des mots afin que les abeilles
dans le sang de mon cerveau vrombissant de mémoire
fassent les fleurs, fassent les volées d’oiseaux,
fassent le ciel, fassent les cieux,
les cieux ouverts au tonnerre au volcan à la terre qui se dé-
ploie.
Ça n’est pas
ça n’est pas
ça n’est pas assez
d’être arrêt, d’être béance
d’être vide, d’être coi
d’être point-virgule, d’être semi-colon, semi-colonie ;
lance-moi la pierre
qui confondra le vide
trouve-moi la rage
et je raserai la colonie
comble-moi de mots
et j’aveuglerai ton Dieu.
Att
Att
Attibon
Attibon Legba
Attibon Legba
Ouvri bayi pou’ moi
Ouvri bayi pou’ moi…
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© E. Kamau Brathwaite, 1981 © Traduction Sika Fakambi
Kamau Brathwaite. The Arrivants. Les Arrivants.
A New World Trilogy. Trilogie du Nouveau Monde.
Islands, Rebellion. Îles, Rébellion.
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